« Les signes ne me rassuraient pas »
L’ancien gouverneur a révélé avoir quitté Goma une semaine avant sa chute, une décision dictée par son expérience des nombreux conflits qu’a connus la ville.
« Les signes que j’observais autour de Goma ne me rassuraient pas. Fort de mon expérience des nombreuses guerres qu’a traversées cette ville, j’ai préféré partir et regagner Kinshasa », a-t-il expliqué.
Malgré cette décision, sa famille n’a pas été épargnée par les conséquences de la prise de la ville.
« Nous avons perdu des amis ainsi que tous nos biens. Aujourd’hui, l’ensemble de nos propriétés est sous le contrôle des autorités de fait qui occupent la ville. Nos familles ont eu la chance de pouvoir quitter nos domiciles à temps, uniquement parce que nous sommes des acteurs politiques », a-t-il déclaré.
Revenant sur cette épreuve, Carly Nzanzu Kasivita a reconnu avoir été profondément marqué par ces événements.
« Ce que nous avons vécu a été extrêmement douloureux. Les sentiments que nous éprouvions face à cette situation étaient très difficiles à supporter », a-t-il confié.
Une chute qu’il juge évitable
Interrogé sur le caractère évitable de l’effondrement sécuritaire de Goma, Carly Nzanzu Kasivita s’est appuyé sur la doctrine énoncée par le président de la République, selon laquelle la crise dans l’Est de la RDC appelle des réponses à la fois politiques, diplomatiques et militaires.
« Le président avait dit que les solutions à la crise dans l’Est étaient à la fois politiques, diplomatiques et militaires. Si cette trilogie avait pleinement fonctionné en amont, la chute de Goma aurait peut-être pu être évitée », a-t-il estimé.
S’agissant des responsabilités, l’ancien gouverneur a pointé du doigt l’échec du processus de Luanda. Selon lui, le retrait de la délégation rwandaise des négociations traduisait une divergence de fond avec les objectifs poursuivis.
« Cela signifie que les objectifs du Rwanda étaient éloignés de l’esprit de l’accord de Luanda », a-t-il affirmé.
« Ce qui compte, ce n’est pas d’être appelé gouverneur »
Évoquant la situation humanitaire, Carly Nzanzu Kasivita a décrit une population en grande détresse à Goma, Rutshuru, Masisi, Lubero et plus particulièrement à Kirumba. Selon lui, les habitants aspirent avant tout au rétablissement de la paix, à la réunification du pays et au retour de l’autorité de l’État à Goma.
« Ce qui est plus important, ce n’est pas d’être appelé gouverneur. Ce qui compte, c’est que nos populations retrouvent la paix, que le pays soit réunifié et que l’autorité de l’État soit pleinement rétablie », a-t-il souligné.
Une administration parallèle qui s’installe
Invité à résumer la situation actuelle du Nord-Kivu, l’ancien gouverneur a dressé le tableau d’un territoire occupé par des forces étrangères qui, selon lui, s’emploient à mettre en place une administration parallèle avec la volonté de s’inscrire dans la durée.
« C’est malheureusement ce que je constate à Goma, comme à Rutshuru », a-t-il regretté.
Il a néanmoins salué la résilience de la population, évoquant notamment l’élan de solidarité suscité par le parcours des Léopards lors de la Coupe du monde, y compris dans la région de Beni. Une région où les habitants continuent pourtant de vivre sous la menace permanente des attaques attribuées aux ADF et où des civils perdent encore régulièrement la vie sur les routes.
En conclusion, Carly Nzanzu Kasivita a insisté sur le potentiel économique du Nord-Kivu, qu’il considère comme l’un des principaux moteurs de développement de la République démocratique du Congo.
« Le Nord-Kivu figure parmi les régions les plus riches de la RDC. Avec le retour de la paix, cette province pourrait contribuer à faire de notre pays le véritable géant économique de l’Afrique centrale », a-t-il conclu.
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