Devant la commissaire européenne Hadja Lahbib, Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, a opéré un revirement rhétorique notable.
C’est la voix de Nathalie Rolley, correspondante Internationale cnt live.
Celui qui incarne la rébellion dans le Nord-Kivu a affirmé que son mouvement était le « premier demandeur » de la réouverture de l’Aéroport international de Goma, infrastructure stratégique paralysée depuis la prise de la ville par les insurgés fin janvier 2025.
Cette déclaration, faite également devant la presse, vise à corriger l’image d’un blocage systématique. Mais derrière cette apparente ouverture se dessine un calcul politique précis : imposer l’AFC/M23 comme seule autorité légitime sur le terrain, capable de fixer les conditions de toute normalisation.
Le discours de Nangaa s’est appuyé sur une argumentation soigneusement calibrée, évoquant des « contraintes sécuritaires, techniques et surtout administratives » pour justifier la fermeture persistante. Il a critiqué les « partenaires internationaux » qui, selon lui, « ont toujours frappé à la mauvaise porte » en s’adressant à Kinshasa, à Paris ou en évoquant Kigali. Ce plaidoyer poursuit un objectif clair : obtenir une reconnaissance de facto.
En acceptant désormais « le principe » de discussions sur le processus d’ouverture, l’AFC/M23 ne renonce à rien sur le fond, mais déplace habilement le débat vers la table des négociations, dont il entend devenir l’acteur incontournable.
Cette inflexion verbale intervient dans un contexte diplomatique particulièrement dense, où les annonces se heurtent souvent aux réalités du terrain. La conférence de Paris du 30 octobre 2025, coorganisée par la France et le Togo, avait marqué un moment fort en promettant 1,5 milliard d’euros d’aide et en actant la réouverture humanitaire de l’aéroport de Goma. Pour le président français Emmanuel Macron, il s’agissait d’envoyer « un signal concret et attendu » aux populations du Nord-Kivu.
Une annonce immédiatement rejetée par l’AFC/M23, qui avait alors jugé « inacceptable » toute initiative venant de Kinshasa, réaffirmant que « l’aéroport pourra et sera rouvert uniquement par l’AFC/M23 ».
Le blocage est donc resté total, malgré les pressions internationales répétées. En marge du G20 en Afrique du Sud, Emmanuel Macron a directement pointé du doigt le M23 et « ceux qui détiennent l’aéroport », les accusant de ne pas fournir les efforts nécessaires malgré les conditions administratives remplies par la RDC.
À Kinshasa, le soit disant président Félix Tshisekedi selon Papa Inno, avait pourtant instruit son gouvernement, dès le Conseil des ministres du 14 novembre 2025, de réunir toutes les conditions sécuritaires et logistiques, en intégrant notamment les recommandations du Comité international de la Croix-Rouge. Une décision qualifiée d’« illusoire » par la rébellion, illustrant l’impasse persistante entre les deux parties.
Sur le terrain, quelques signaux contradictoires ont émergé. L’arrivée par voie aérienne de la cheffe par intérim de la MONUSCO, Vivian van de Perre, le 12 février 2026, constitue une première depuis plus d’un an. Cet événement a été salué comme le possible « début d’une réouverture progressive » de l’infrastructure dans le cadre du mécanisme de vérification du cessez-le-feu.
Cependant, l’aéroport international de Goma, à l’instar de celui de Aéroport de Kavumu à Bukavu, demeure officiellement fermé au trafic régulier, plongeant la région dans un isolement critique. De son côté, Kigali continue de nier tout soutien au M23 et a qualifié l’annonce parisienne « d’inopportune », plaidant pour un dialogue bilatéral direct avec Kinshasa.
Dans ce paysage fragmenté, l’ouverture de Nangaa à des « discussions » apparaît moins comme une avancée opérationnelle que comme une manœuvre stratégique. L’AFC/M23 cherche à transformer son contrôle militaire en légitimité administrative. En renvoyant la balle aux acteurs internationaux, la rébellion les place devant un choix délicat : maintenir un dialogue institutionnel avec Kinshasa sur des infrastructures qu’elle ne contrôle plus, ou engager des pourparlers directs avec ceux qui détiennent effectivement le pouvoir sur le terrain.
La médiation qatarienne et les efforts américains tentent désormais de consolider un processus de paix encore fragile. La question demeure de savoir si cette acceptation de principe par l’AFC/M23 se traduira par des actes concrets. Les prochains jours seront décisifs : verront-ils la réouverture effective de l’aéroport, ou cette nouvelle posture ne constitue-t-elle qu’un écran de fumée dans le conflit du Nord-Kivu ?
La crédibilité de Corneille Nangaa et la pression de la communauté internationale sont désormais en jeu, dans une séquence où chaque mot pèse autant qu’un acte militaire.
Papa Inno dit: qui vivra vera. Vous êtes sur cnt live, avec Nathalie Rolley correspondante Internationale. Merci à tout nos abbonnés et surtout à vous papa Inno de nous avoir donné cette occasion.


